Descriptif
Support/Surfaces. Intitulée Résonances, elle rassemble sous le commissariat d’Antoine Py une soixantaine d’œuvres, des années 1960 aux dernières années de production de l’artiste, issues majoritairement de l’atelier. Ceysson & Bénétière propose à travers cette exposition une lecture historique, mais non figée, de Louis Cane : celle d’un artiste qui n’a cessé de contester les limites du tableau pour mieux en relancer les possibles.
Louis Cane n’a jamais peint pour plaire. Figure fondatrice de Supports/Surfaces, il tamponne dès 1967 sur ses toiles non tendues la mention « Louis Cane, artiste peintre » : un geste sans pinceau, plus proche de l’écriture ou du cachet administratif que de la touche picturale. La signature devient procédé, la répétition remplace l’expression, l’œuvre arme la peinture au moment même où elle semble la nier.
Viennent ensuite les toiles découpées et les œuvres Sol/Mur : la toile quitte le châssis, gagne le sol et le mur dans un mouvement d’ouverture. Le tableau cesse d’être une image frontale pour devenir une réalité physique. Louis Cane ne se contente pas de le déconstruire : il en interroge les conditions — support, signature, geste, place du corps, expérience du regard.
La reconnaissance suit vite. Entre 1976 et 1977, le Louisiana Museum of Modern Art, le Centre Pompidou et le MoMA consacrent une exposition à son travail presque coup sur coup. Il expose chez Leo Castelli à New York, chez Daniel Templon à Paris. La trajectoire pourrait sembler tracée : approfondir les Sol/Mur, prolonger les toiles découpées, s’imposer comme l’un des représentants d’une avant-garde française désormais reconnue.
Louis Cane choisit l’inverse. Il refuse que la reconnaissance devienne une formule. Des Sol/Mur et des arches, il passe aux Nativités, aux femmes qui accouchent, aux figures d’autorité, aux citations frontales de Picasso, de Velázquez ou de Monet. Ce que la critique française des années 1980 a parfois lu comme un reniement apparaît aujourd’hui comme la poursuite, par d’autres moyens, d’une logique d’appropriation critique déjà présente dans Supports/Surfaces. Le tampon travaillait le nom propre ; les Ménines reprennent Picasso reprenant Velázquez ; les Cardinaux passent par Bacon puis Velázquez ; les Nymphéas déplacent Monet vers une expérience de l’air, de l’eau, de la lumière et de la transparence.
L’exposition Résonances propose de lire cette suite de ruptures non comme une série de contradictions, mais comme ce qu’elle est, une énergie continue. Les œuvres ne se succèdent pas seulement dans le temps : elles se répondent, se transforment, s’éclairent les unes les autres. Une intuition née dans les années 1960 peut ainsi réapparaître, plusieurs décennies plus tard, dans une peinture sur grillage, une résine, une sculpture ou une reprise de l’histoire de l’art.
Deux mouvements en orientent la lecture : Rébellion, où se lit la force du mouvement qui traverse son parcours ; À travers, où la peinture s’ouvre à l’air, à la lumière et à l’espace.